Mardi 8 février 2022, 250 policiers et militaires sont entrés dans le village de Wadas, situé dans le district de Bener, dans la partie sud de la province Java central, en Indonésie. Les agents sont arrivés sans prévenir, armés de boucliers, d’armes et de chiens policiers, affirmant que leur présence visait à encadrer les opérations de l’agence Purworejo (BPN Purworejo), une société effectuant des mesures de terrain pour un projet minier.

Leur arrivée s’est pourtant rapidement accompagnée de violences, : la police a attaqué, intimidé et arrêté arbitrairement des habitants locaux, aussi bien dans leurs maisons que dans les mosquées du village. La police a également contraint des défenseurs des droits publics qui cherchaient à fournir une assistance juridique aux habitants détenus à se rendre au poste de police. Au moins 63 personnes, dont 13 enfants, ont été arrêtées. Cette attaque représente le dernier exemple d’une série de mesures répressives contre la population de Wadas, qui proteste depuis quatre ans contre un projet de mine d’andésite dans leur village, laquelle servirait notamment à la construction du barrage de Bener, non loin de là.

Cette lutte a débuté en 2018, lorsque le gouvernement a décidé qu’une superficie de 114 hectares, à environ huit kilomètres au nord-ouest du village de Wadas, serait utilisée comme site d’exploitation d’andésite. La population locale de Wadas n’a eu de cesse de rejeter le projet d’appropriation de ses terres et s’est fermement opposée au projet de mine, craignant les possibles effets négatifs sur l’environnement local.

Le site minier prévu serait situé sur des terres agricoles productives, des collines qui constituent la principale source de subsistance de la population de Wadas. D’après une étude portant sur le potentiel économique réalisée par les habitants du village de Wadas avec les ONG locales WALHI Yogyakarta (Amis de la Terre Indonésie), LBH Yogyakarta et Perpusjal, l’ensemble des plantes cultivées sur des collines affichent une valeur cumulée annuelle très élevée. Ces collines réduisent par ailleurs le risque de glissements de terrain, et servent de zone de captage d’eau, avec 23 sources qui alimentent le village. En 2018, le gouverneur de Java central, Ganjar Pranowo, a malgré tout délivré un permis d’implantation qui a servi de justification à la saisie des terres des habitants de Wadas.

L’incident survenu dans le village de Wadas est le reflet d’un modèle permanent d’actes violents commis par la police indonésienne à l’encontre de la population, et lié aux conflits autour des ressources naturelles en Indonésie. Au cours de la période 2021-2022, WALHI a recensé au moins 182 habitants ayant subi une criminalisation (arrestation, détention ou procès) alors qu’ils se battaient pour protéger leurs terres. Le 27 décembre 2021, une manifestation conduite par des femmes s’opposant à l’exploitation minière dans le village de Pasar Seluma, dans la régence de Seluma (Bengkulu), a été dispersée par les forces de police : 10 habitants ont été arrêtés. Quatre jours seulement après l’incident survenu dans le village de Wadas, le 12 février 2022, une manifestation contre une mine d’or dans la régence de Parigi Moutong, dans le centre de Sulawesi, s’est également accompagnée de violences policières. Au moins 59 habitants ont été arrêtés et une personne a été abattue.

La police indonésienne a affiché un mépris total pour la vie et les moyens de subsistance de la population de Wadas, et n’a ni protégé, ni fait respecter ses droits humains.

Vous trouverez ici la chronologie des événements ainsi qu’une analyse des violations de la loi et des droits humains à Wadas.

Pour les Amis de la Terre International, ces attaques s’inscrivent dans un schéma mondial de criminalisation et de répression des personnes qui cherchent à défendre leurs territoires, leur environnement et les droits des peuples. Nous affirmons notre solidarité internationaliste avec la population de Wadas, et nous nous joignons à WALHI (Amis de la Terre Indonésie) pour exiger ce qui suit de toute urgence :

  1. Les administrateurs de l’État doivent respecter la décision de la Cour constitutionnelle, et mettre fin au processus d’acquisition de la zone de carrière pour le barrage de Bener ;
  2. Le gouverneur de la province de Java central doit révoquer le permis d’implantation et mettre un terme aux mesures de superficie pour la zone minière du village de Wadas ;
  3. La police nationale indonésienne doit cesser de faire un usage excessif de la force à l’encontre des manifestants ; et
  4. Le chef de la police nationale indonésienne doit veiller à ce que les politiques émises par l’institution de la police nationale, ainsi que les actes des agents de police sur le terrain, ne soient pas en contradiction avec les lois et règlements existants ; il devra également mener une évaluation approfondie de l’utilisation des armes à feu par ces agents.

VOUS POUVEZ AGIR

Nous appelons la communauté internationale à nous rejoindre pendant ce mois de mars pour condamner ces attaques, en participant aux actions suivantes sur les médias sociaux. Kit médias sociaux.

Vous pouvez télécharger ici une affiche créée par WALHI, ou concevoir votre propre affiche avec des messages de solidarité envers la population de Wadas.