Tracer les voies de la transformation : l’Afrique accueille l’École internationale pour l’organisation féministe Berta Cáceres
Des centaines de féministes africaines, d’ascendance africaine, noires et autochtones, ainsi que des femmes venues des Amériques, se réunissent du 11 au 15 septembre à Nairobi, au Kenya, dans le cadre de l’École internationale pour l’organisation féministe Berta Cáceres.
Cette école, aussi connue sous l’acronyme anglais IFOS, va se dérouler pour le première fois en Afrique. « Ce sera l’occasion d’apprendre des mouvements féministes populaires de toute l’Afrique et du monde entier », déclare Ama Nyeayea, du Sustainable Development Institute (SDI) – Les Amis de la Terre Libéria, qui participe à cette formation.
Cette rencontre en Afrique, baptisée « Afro IFOS », s’inscritdans un processus de travail lancé en 2018 par la Grassroots Global Justice Alliance (GGJ), la Marche mondiale des femmes (MMM), l’Indigenous Environmental Network (IEN) et Grassroots International.
« En nous inspirant du féminisme panafricain et de l’Ubuntu, ce sera un espace dédié à la construction de mouvements qui utilisera l’éducation populaire pour renforcer nos connaissances collectives, partager nos expériences et faire grandir notre mouvement international », explique GGJ à propos de l’École de Nairobi.
Le processus
En 2020, la première édition de l’IFOS s’est déroulée en ligne, en raison de la pandémie, et a réuni des femmes issues de différentes régions.
En août 2023, les féministes ont pu organiser la première édition en présentiel de l’IFOS, dans la commune hondurienne de Siguatepeque, dans le département de Comayagua, une région qui fut le centre de la résistance menée par le Conseil civique des organisations populaires et autochtones du Honduras (COPINH) et Berta Cáceres contre le barrage d’Agua Zarca. Berta, assassinée en 2016 dans le but de mettre fin à cette lutte, a donné son nom à l’IFOS et a été fortement commémorée en août 2023.
Selon les informations de Real World Radio, plus de 100 femmes et personnes de diversités de genre sont venues de toutes les Amériques : paysannes, travailleuses, femmes noires, migrantes, autochtones et personnes queer, représentant 22 pays et 12 organisations de la Journée continentale pour la démocratie et contre le néolibéralisme.
Un an plus tard, en août 2024, une édition de l’IFOS destinée aux animatrices a été organisée, à nouveau à Siguatepeque. Des participantes venues de toutes les Amériques et des Caraïbes, d’Afrique et d’Asie ont partagé leurs connaissances, leurs expériences et leurs témoignages afin d’approfondir leur formation politique et de pouvoir ainsi mener des processus d’éducation féministe dans les écoles régionales, nationales et locales.
Le présent
L’IFOS 2026 à Nairobi est une école pour les militant·e·s, mais aussi une école pour les animatrices. Ce qui s’est déroulé en Amérique latine en deux rencontres va se dérouler en Afrique au cours de ces cinq jours dans la capitale kényane.
Les Amis de la Terre International (ATI) ont accompagné et construit ce processus de formation politique féministe aux côtés de GGJ, du MMM, de l’IEN et de Grassroots International. L’IFOS mise sur la construction d’un mouvement, le renforcement des alliances stratégiques et la lutte collective contre les systèmes d’oppression, des éléments qui font partie des objectifs stratégiques de l’ATI.
C’est l’occasion d’analyser le fonctionnement du capitalisme, du racisme et du colonialisme, ainsi que la manière dont ces systèmes d’oppression affectent les États et les démocraties, la nature, mais aussi les corps et les territoires.
L’IFOS au Kenya permettra « d’aborder des questions importantes au sein des communautés, telles que tout ce qui touche au pouvoir, à savoir qui décide de quoi. « Nous avons un système patriarcal très présent au Libéria », explique Ama Nyeayea, du SDI – Amis de la Terre Libéria. « Le néolibéralisme et le capitalisme sont des systèmes directement liés aux inégalités, et nous travaillons à lutter contre ces inégalités au sein de nos communautés au Libéria. »
Le cas des communautés touchées par Chevron Texaco en Amazonie équatorienne sera abordé à l’École, grâce à la participation de la dirigeante Consuelo Piaguaje, de la nationalité autochtone siekopai, et de l’UDAPT – Amis de la Terre Équateur. « La plupart des cas de pollution, la plupart des problèmes de santé ont touché les femmes, ont touché nos territoires, et ce sont surtout les femmes qui supportent le poids de cette catastrophe naturelle », souligne-t-elle. « La seule chose qui nous reste, c’est l’unité, c’est de rester solidaires entre femmes, pour pouvoir résister. »
Tisser d’autres voies possibles
L’IFOS incarne un effort collectif visant à internationaliser les luttes, à mettre en dialogue les expériences des différentes organisations depuis leurs territoires respectifs et à contribuer à l’élaboration de réponses communes entre les mouvements et les régions.
Créer l’unité dans la diversité est le défi le plus important auquel l’école est confrontée. Comprendre les différences et les apaiser, et rechercher des formes communes de lutte. Car c’est sur ces différences que les systèmes d’oppression cherchent à diviser.
La facilitatrice du Groupe « Justice de genre et démantèlement du patriarcat » des ATI, Natalia Carrau, souligne que la construction d’un mouvement n’est pas quelque chose de statique. « C’est un processus de renforcement de la confiance, de réflexion politique, de formation politique. » « L’École s’inscrit à la croisée de nos objectifs : converger avec d’autres organisations, construire le féminisme populaire en interaction avec d’autres mouvements, et élaborer des solutions systémiques pour un changement de système. »
Crédit (image principale) : Survival Media.