Nous avons de bonnes nouvelles. Nous sommes très heureux d’apprendre que Berta Cáceres – championne des droits communautaires et protectrice de la nature dans son pays natal, le Honduras – a été récompensée par le prix le plus prestigieux pour les héros de l’environnement, le prix Goldman pour l’environnement.

Dans un pays avec une inégalité socioéconomique et des violations de droits humains croissants, Berta a rassemblé le peuple indigène Lenca du Honduras et mené une campagne populaire, qui a forcé avec succès le constructeur du plus grand barrage au monde à se retirer du barrage Agua Zarca.

Les Amis de la Terre International suivent le travail de Berta depuis des années. Des milliers de nos partisans, dont nombre d’entre vous qui êtes entrain de lire ceci, ont pris des mesures petites mais significatives pour soutenir Berta et ses collègues au cours des dernières années. Vous avez écrit des lettres à des juges, à des représentants du gouvernement et à des chefs de police, leur demandant un traitement juste pour Berta et ses collègues lors des nombreuses instances où ils ont été persécutés, harcelés ou menacés en raison de leurs manifestations pacifiques.

Le traitement de Berta par les autorités du Honduras illustre la sombre tendance qui se dessine au travers du monde – de plus en plus, des manifestations au sujet de questions liées à la terre et à l’environnement se heurtent à de la violence et de l’intimidation. Les réussites de Berta parlent d’elles-mêmes (lire davantage ci-dessous). Elle est une source d’inspiration et d’espoir pour de nombreuses personnes.

Nous lui envoyons nos meilleurs voeux et la remercions pour son inspiration et son dévouement continus, ainsi que pour sa bravoure.

En solidarité,
Jagoda Munic
Présidente des Amis de la Terre International

Depuis le coup de 2009, le Honduras a été témoin d’une croissance explosive de mégaprojets destructeurs de l’environnement, qui pourraient déplacer des communautés indigènes. Près de 30% de la terre du pays a été destinée à des concessions minières, créant une demande pour de l’énergie bon marché afin d’alimenter de futures opérations minières. Afin de faire face à cette demande, le gouvernement a approuvé des centaines de projets de barrage dans tout le pays, privatisant des rivières, des terres et déracinant des communautés.

Parmi eux se trouvait le barrage Agua Zarca, un co-projet de la société hondurienne Desarrollos Energéticos SA (DESA) et de la société étatique Sinohydro, constructeur du plus grand barrage au monde. Agua Zarca, dont la construction était prévue sur la rivière sacrée Gualcarque, a été imposé sans consultation avec le peuple indigène Lenca – une violation des traités internationaux gouvernant les droits des peuples indigènes. Le barrage couperait l’apport d’eau, de nourriture et de médicaments à des centaines de personnes du peuple Lenca et violerait leur droit de gérer leur terre de manière durable et en vivre.

Berta Cáceres, une femme Lenca, a grandi pendant la période de violence qui a balayé l’Amérique centrale dans les années 1980. Sa maman, une sage-femme et activiste sociale, a accueilli et s’est occupée de refugiés d’El Salvaldor, apprenant ainsi à ses jeunes enfants la valeur de défendre les personnes privées de leurs droits.

Berta a grandi pour devenir une étudiante activiste et en 1993, elle a cofondé le Conseil national des organisations populaires et indigènes du Honduras (COPINH), pour aborder le problème des menaces croissantes posées aux communautés Lenca par l’exploitation forestière illégale, se battre pour leurs droits territoriaux et améliorer leurs moyens de subsistance.

En 2006, des membres de la communauté de Rio Blanco ont approché COPINH pour demander de l’aide. Ils avaient été témoins d’un afflux de machines et d’équipement de construction venant dans leur ville. Ils n’avaient aucune idée de la raison de la construction, ni de qui était derrière le projet. Ce qu’ils savaient, c’est qu’une agression contre la rivière – un endroit d’une importance spirituelle pour le peuple Lenca – était un acte contre la communauté, son libre arbitre et son autonomie.

Avec des mandats des membres de la communauté locale à chaque étape du parcours, Berta a commencé à monter une campagne contre le barrage Agua Zarca. Elle a déposé des plaintes auprès des autorités gouvernementales, amenant avec elle des représentants de la communauté dans des voyages à Tegucigalpa.

Elle a organisé une assemblée locale où les membres de la communauté ont voté formellement contre le barrage, et mené une manifestation où les gens ont demandé de manière pacifique et à juste titre leur mot à dire dans le projet.

La campagne a aussi atteint la communauté internationale, amenant le cas à la Commission interaméricaine des droits humains et déposant des appels contre les investisseurs du projet comme la Société financière internationale (International Finance Corporation), le pendant privé de la Banque Mondiale.

Ignorant ces appels, le gouvernement national et les maires locaux sont allés de l’avant. Ils ont trafiqué le compte-rendu d’une réunion de la communauté pour dépeindre une fausse image d’approbation unanime du barrage, et offert de l’argent aux locaux en échange de leurs signatures sur les documents, déclarant leur soutient.

En avril 2013, Berta a organisé un blocus routier pour empêcher l’accès de DESA au site du barrage. Utilisant un système d’alertes soigneusement organisé pour garder tout le monde au courant, le peuple Lenca a maintenu une présence forte mais pacifique, faisant tourner amis et membres de la famille pendant des semaines entières. Pendant plus d’une année, le blocus a résisté à de multiples tentatives d’éviction et de violentes attaques de la part de forces contractuelles militarisées et de la part des forces armées honduriennes.

Le climat violent du Honduras est bien connu de nombreuses personnes, mais peu comprennent que les activistes environnementaux et des droits de l’homme en sont les victimes. Tomas Garcia, un chef de communauté de Rio Blanco, a été tiré dessus et tué pendant une manifestation pacifique au bureau du barrage. D’autres ont été attaqués avec des machettes, discrédités, détenus et torturés. Aucun de ces responsables n’a ete trainé en justice.

Contre toute attente, les efforts de Berta et de la communauté Lenca se sont soldés par un succès en parvenant à garder les équipements de construction hors du site proposé du barrage. Fin 2013, Sinohydro a mis fin à son contrat avec DESA, citant publiquement la résistance continue de la communauté et l’indignation suite au décès de Tomas. Agua Zarca a souffert d’un autre choc quand IFC a retiré son financement, citant des inquiétudes au sujet de violations de droits humains. Jusqu’ à ce jour, le projet de construction a effectivement été arrêté.

Ce qui n’a pas cessé sont les menaces de mort envers Cáceres. Son meurtre ne surprendrait pas ses collègues, qui gardent un éloge funèbre – mais espèrent qu’ils n’auront jamais à l’utiliser.

Malgré ces risques, elle garde une présence publique  afin de continuer son travail. Dans un pays avec un des taux de meurtres les plus élevés dans le monde, Cáceres espère que la victoire d’Agua Zarca apportera de l’espoir aux activistes qui se battent contre le développement irresponsable au Honduras et dans toute l’Amérique Latine.

Image et texte additionnel:  The Goldman Environmental Prize
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