Les Amis de la Terre Europe et les Amis de la Terre Amérique latine et Caraïbes/ ATALC, membres des Amis de la Terre International (ATI), manifestent  leur extrême inquiétude face à la déclaration remise par la Mission d’observation électorale de l’Union européenne (MOE – UE) au Honduras, car elle légitime les résultats proclamés des élections générales de 2017, selon lesquels le président élu est Juan Orlando Hernández.

Comme nous l’avons signalé à la MOE – UE dans notre communication du 9 décembre 2017, avant toute acceptation du processus électoral que les organisations et mouvements sociaux de tout le pays considéraient comme frauduleux, nous estimions nécessaire d’installer une commission internationale indépendante chargée de veiller à ce que le processus électoral et ses résultats soient fiables et répondent aux garanties démocratiques que tous les peuples méritent.

Nous étions confiants que la MOE – UE apporterait une lueur d’espoir au peuple hondurien, confronté à la partialité des institutions et à la répression brutale de la mobilisation populaire qui dénonce les irrégularités flagrantes du processus électoral. Or, de notre point de vue la déclaration de la MOE – UE légitime les résultats proclamés, justifie le rôle joué par le Tribunal suprême électoral (TSE) et minimise les irrégularités dénoncées le jour des élections, et elle renverse la charge de la preuve à ceux qui ont dénoncé la fraude et non au TSE qui, par exemple, a suspendu pendant des heures la divulgation des résultats le 29 novembre.

Notre confiance en une instance indépendante comme la MOE – UE était fondée sur le fait que nous la considérions capable d’apprécier à sa juste valeur la manifestation pacifique d’un peuple qui, malgré la répression brutale pratiquée par l’État totalitaire hondurien, est resté ferme et a continué de dénoncer la fraude et d’exiger le respect des normes constitutionnelles suspendues par l’imposition de l’état de siège et du couvre-feu.

À notre avis, un gouvernement légitime, agissant selon les principes démocratiques et avec la transparence nécessaire pour remporter une victoire électorale juste, n’aurait pas déployé une telle brutalité, pendant plus de vingt jours, contre une population sans défense qu’il a attaquée avec des gaz lacrymogènes et des coups de feu, faisant plus de vingt morts et des centaines de blessés. Berta Zúñiga elle-même, coordinatrice du COPINH (organisation autochtone Lenca en Honduras qui lutte pour la défense de leur territoire et pour la justice environnementale et sociale) et fille de Berta Cáceres, a été détenue et harcelée à plusieurs reprises pendant qu’elle se joignait aux revendications populaires contre la fraude électorale.

En outre, il ne faut pas oublier que la candidature du président Juan Orlando Hernández était illégale, inconstitutionnelle et truffée de vices. L’appel interjeté par l’ancien président nationaliste donnait la possibilité de parler de la réélection et non de s’y inscrire. Néanmoins, il a usé et abusé de son pouvoir pour obtenir qu’un décret lui permette d’inscrire sa candidature, en dépit de la Constitution de la République qui interdit explicitement la réélection. Et le Tribunal suprême électoral (TSE) y a consenti, entrant ainsi en pleine contradiction avec la Constitution.

Bien que la MOE – UE ait signalé qu’elle « mettra à la disposition de la société hondurienne une série de recommandations pour améliorer les processus électoraux futurs », la situation actuelle semble montrer que sa capacité à garantir l’exercice de la démocratie dans les pays latino-américains est limitée ; elle montre aussi que les instances de ce genre n’ont pas le pouvoir d’éviter que l’on continue de commettre des irrégularités à l’égard des peuples, des décisions qu’ils ont clairement exprimées par leur vote, et des plaintes qu’ils ont présentées au cours de mobilisations pacifiques, au risque de leur vie, pour éviter la rupture totale des options démocratiques que le gouvernement hondurien devrait garantir au lieu de les attaquer.

Face à la situation au Honduras, et à l’encontre de ce que laisse supposer la déclaration actuelle de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne (MOE – UE), nous demandons avec insistance que cette Mission, dans son rapport final,

  • rende compte de la répression violente et des tactiques de guerre que le gouvernement de Juan Orlando Hernández a employées pour attaquer ceux qui dénoncent les irrégularités qu’il a commises ; ces actions brutales ont fait partie, elles aussi, du processus électoral, et la Mission a le devoir moral de les présenter au monde ;
  • reconnaisse les diverses irrégularités de l’élection, dont la suspension des résultats pendant des heures le 29 novembre, et ne reconnaisse pas comme président du Honduras Juan Orlando Hernández, responsable du déploiement de la violence et l’objet de dénonciations du peuple hondurien qui ne le reconnaît pas comme gouvernant ;
  • exige la charge de la preuve à ceux qui sont accusés de fraude – le TSE – et non à ceux qui la dénoncent ;
  • exige la promotion et le respect des droits de l’homme, la protection des hommes et des femmes qui défendent les droits de l’homme, les droits sociaux et ceux de l’environnement, et la fin immédiate de l’impunité des auteurs des violations et des violences.

Les Amis de la Terre Europe (FoEE) et les Amis de la Terre Amérique latine et Caraïbes (ATALC), leurs organes régionaux, leurs groupes nationaux et leurs organisations de base de divers endroits du monde continueront de dénoncer par tous les moyens cette situation anormale et dévastatrice, résultat d’un système injuste à l’égard des peuples les moins favorisés, qui légitime la répression violente en validant les gouvernements qui l’encouragent, au mépris de la souffrance et de la douleur de ceux qui défendent la véritable démocratie.

Amis de la Terre Europe et Amis de la Terre Amérique latine et Caraïbes

© PBS News Hour/ Creative Commons