Les Amis de la Terre International expriment par la présente leur solidarité internationaliste avec le peuple colombien, et exigent la fin des violences systématiques à l’encontre des mouvements sociaux, des organisations et des défenseurs des droits des peuples, des droits humains et des territoires. Nous sommes profondément préoccupé.e.s et nous condamnons les différents types de violence et d’assassinats ciblés qui ont fait de ce pays sud-américain une région où règne et se perpétue une architecture d’impunité.

Les Amis de la Terre Amérique latine et Caraïbes (ATALC) ont été témoins de la brutalité subie par les organisations et mouvements sociaux en Colombie. Malgré les dénonciations répétées de ces violences systématiques, aussi bien à l’échelle nationale qu’internationale, il nous faut une fois de plus affirmer, d’un point de vue éthique et historique, notre condamnation des atrocités perpétrées dans ce pays andin. Nous appelons de toute urgence à redoubler d’efforts internationalistes afin de coordonner et d’organiser le soutien au peuple colombien.

En novembre 2020, les alertes que nous avons reçues faisaient état de plus de 280 personnes assassinées lors de 73 massacres. Cette terrible escalade de la violence s’est trouvée exacerbée par les mesures de confinement et par les formes de contrôle et de répression du gouvernement de droite d’Ivan Duque, au cours de la crise sanitaire mondiale de la pandémie de Covid-19. Nous sommes profondément préoccupé.e.s par le fait que ces actes de violence visent clairement et systématiquement les paysans, les peuples autochtones, les communautés d’origine africaine et les organisations locales des femmes, des jeunes et des enfants.

Le 29 avril 2020, la Plateforme continentale pour la démocratie et contre le néolibéralisme a lancé un appel à la communauté internationale, qui a été signé et soutenu par plus de 200 organisations en Colombie et à travers le monde. Cet appel dénonçait l’assassinat de 95 dirigeants locaux et de plus de 100 membres démobilisés de la guérilla des anciennes Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC-EP) à ce jour, et exigeait la protection des dirigeants des organisations paysannes, autochtones et des communautés noires qui défendent les droits des peuples et les droits humains. Malheureusement, le gouvernement colombien n’a pas réagi de manière efficace. En outre, comme le montrent ces événements que nous dénonçons à nouveau, aucune stratégie de sécurité ou mesure préventive n’avait été déployée en vue de protéger la vie des personnes qui ont été assassinées par la suite.

Au cours de l’année 2020, la Colombie est retombée dans l’une des pires pages de son histoire, avec des massacres se déroulant dans des territoires historiquement touchés par le conflit armé. Il s’agit de territoires où l’État est peu présent, et qui présentent des caractéristiques communes telles que les cultures illicites ou le contrôle par des groupes armés paramilitaires. Ce sont également des zones dans lesquelles se déroulent des activités minières illégales, mais aussi où les populations s’organisent pour faire face à la violence et à l’absence de l’État. Depuis le mois d’août, plus de 24 jeunes âgés de 15 à 26 ans ont été assassinés dans différentes régions du pays, tant urbaines que rurales. Tout au long de l’année, des organisations et des médias ont par ailleurs dénoncé l’armée et la police nationale au regard de leur participation présumée à plusieurs affaires de violence physique et sexuelle à l’encontre de filles et de femmes.

Après l’assassinat d’un citoyen à Bogota, mort en raison d’un usage excessif — prouvé — de la force par la police nationale, plusieurs mobilisations ont eu lieu le 9 septembre, au cours desquelles 13 autres personnes ont été tuées. Cette même institution armée a commis à cette occasion d’innombrables actes de répression et de violence. Plusieurs organisations ont dénoncé le fait que ces meurtres, qui font actuellement l’objet d’une enquête, ont été perpétrés par la police et par des civils armés par les forces de police.

Cette violence effroyable s’intensifie chaque mois. Le gouvernement n’a pour autant pas reconnu le caractère systématique du phénomène ni mis en œuvre de mesures d’urgence pour l’éviter, ainsi qu’il conviendrait de faire dans une société régie par l’État de droit, qui respecte le droit international humanitaire et la mémoire des victimes. Dans le même ordre d’idées, le gouvernement Duque n’est aucunement disposé à respecter les accords conclus et signés avec l’ancien mouvement d’insurrection des FARC-EP. Cela fait écho à ses menaces d’abandonner son mandat de reconstruction de la paix et de la justice sociale, tant attendues par le peuple colombien.

En tant que fédération d’organisations luttant pour la justice environnementale, sociale, économique et de genre, nous dénonçons vigoureusement la violence systématique qui fauche chaque jour la vie d’un nombre croissant d’hommes et de femmes modestes de la classe ouvrière, qui défendent leurs droits et leurs territoires en Colombie. Nous nous joignons à l’appel des organisations nationales colombiennes et invitons les organisations et mouvements sociaux à travers le monde à renforcer la solidarité internationaliste, et à exiger :

  • Que des enquêtes soient menées et que lumière soit faite sur ces actes de violence, sous la stricte supervision d’institutions internationales indépendantes du gouvernement d’Ivan Duque.

  • Que soit évitée la répétition de ces violations, notamment en assurant la participation effective des victimes et des personnes touchées — et avec un contrôle des organisations internationales de défense des droits humains — à la définition de stratégies concertées de protection territoriale, en fonction des réalités locales et de la vulnérabilité des populations à risque.

  • Que soient pleinement et intégralement appliqués les accords de paix signés en 2016 par l’État colombien et le mouvement des FARC-EP.

  • Que soit respecté le devoir constitutionnel de protéger les filles, les garçons et les jeunes, et garantir leur développement équilibré ainsi que le plein exercice de leurs droits, conformément à l’article 44 de la Constitution de la Colombie. Que soit également respecté le droit international en matière de droits humains, de droits de l’enfant et de droits de la femme.

  • Que l’on s’assure de mettre fin à tous les actes violents commis par des membres des institutions de l’État et des groupes paramilitaires à l’encontre des populations, de leurs organisations et de leurs mouvements.

Enfin, nous appelons une fois de plus la communauté internationale, les organisations et les mouvements sociaux du monde entier à joindre leur voix à cette condamnation et à suivre de près l’évolution de ces événements. Nous exprimons toute notre solidarité pour tous les Colombiens, leurs organisations et mouvements sociaux, et nous continuerons à faire preuve de solidarité internationaliste jusqu’à ce que la paix et une vie digne soient possibles et garanties.

Image: Contagio Radio