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Les taux d’inégalité sociale en Ouganda n’ont pas changé de manière significative au cours des dernières années, et ce malgré le fait que le pays est l’une des économies ayant connu la croissance la plus rapide au monde. L’Ouganda est l’un des pays où le nombre de personnes vivant dans des zones rurales (84 %) est le plus élevé au monde. L’étude des différents types de développement et leur impact sur les chiffres de l’économie permet de comprendre pourquoi des problèmes tels que l’inégalité subsistent à ce jour.

NAPE (Les Amis de la Terre Ouganda) dénonce depuis des années l’un des nombreux problèmes qui affectent les communautés rurales de ce pays : l’accaparement des terres. Selon l’organisation, parmi les principales causes de ces appropriations de terre à grande échelle, on trouve les plantations de monoculture d’huile de palme à Kalangala, l’extraction de pétrole dans le lac Albert ou encore les plantations de monoculture d’arbres exotiques destinés au négoce de crédits carbone près de Bukaleba et de la réserve forestière de Kikonda.

Une autre des menaces posées par le système agro-industriel actuel en Ouganda va de pair avec les entreprises semencières. NAPE organise des réunions et débats publics pour dénoncer le projet de loi sur la biosécurité et la biotechnologie, qui, s’il devait être adopté, « reviendrait à octroyer des pouvoirs considérables aux entreprises semencières et à priver les agriculteurs de leurs pouvoirs dans la chaîne de production alimentaire ».

En ce sens, NAPE a identifié certains des éléments clés de la défense et du renforcement de la souveraineté alimentaire. L’un d’entre eux est la défense des semences autochtones, aujourd’hui menacées par l’avancée de l’agrobusiness.

L’organisation soutient le développement de banques de semences dans les municipalités de Butimba et Kigaga, dans le district de Hoima, ainsi qu’à Kakindo et Mvule dans le district de Bulisa.

Le travail avec les femmes rurales est un autre aspect sur lesquelles l’organisation concentre ses efforts. Selon eux :

« Dans la région pétrolière de l’Ouganda (où le projet a été mené), tout comme dans de nombreuses régions rurales du pays, les femmes sont les principaux soutiens de famille. Ce sont les femmes qui s’occupent en premier lieu du travail des champs et des récoltes, d’aller chercher de l’eau et de ramasser du bois de chauffage, entre autres corvées ».

En plus de dénoncer les abus dont sont victimes les femmes lorsqu’elles sont forcées de se déplacer en raison de la pénurie de nourriture dans leurs communautés, NAPE s’interroge également sur la manière dont l’accaparement des terres par les compagnies pétrolières affecte la vie des femmes en particulier :

« Dans les communautés impactées par les activités pétrolières, nous avons vu des cas, où des hommes ont reçu des compensations financières pour des appropriations de terres qui sont au nom de leur famille mais qui se sont ensuite enfuis avec l’argent, abandonnant femmes et enfants. Nous avons également des cas de familles polygames où un homme peut décider de prendre l’argent de la compensation et de partir s’installer ailleurs avec une seule femme, abandonnant l’autre femme et ses enfants ».

C’est pourquoi l’un des projets de NAPE vise à renforcer la voix des femmes, en facilitant leur participation à des émissions de radio, notamment sur les ondes de la radio communautaire Green « pour parler de leurs droits et mobiliser les autres membres de la communauté afin qu’ils participent à des initiatives en faveur de moyens de subsistance durables comme la souveraineté alimentaire ».

Des réunions d’échanges ont été menées par les femmes pour les femmes. Selon l’organisation, « grâce à ces échanges, de nombreuses connaissances et compétences sont partagées en ce qui concerne le stockage des aliments et les différentes méthodes agroécologiques ».

Afin de pouvoir répondre efficacement à la crise alimentaire engendrée par l’exploitation pétrolière, NAPE insiste sur la nécessité de « prendre en compte le rôle central joué par les femmes dans la conceptualisation de la souveraineté alimentaire au sein des communautés ».