La Conférence des Parties de la Convention sur la Diversité Biologique (la COP 13) avait de grands défis à relever, étant donné que la biodiversité disparaît à une vitesse alarmante et qu’il est urgent d’agir. Les Amis de la Terre International sommes très déçus de voir que les résultats ne sont pas à la hauteur des enjeux. Ils ne conduisent pas au changement de système nécessaire pour renverser la courbe de la perte de biodiversité.

Le thème central de la COP 13 était l’intégration de la biodiversité dans tous les secteurs, en particulier dans l’agriculture, la foresterie, la pêche et le tourisme. S’assurer que ces industries tiennent compte de la biodiversité au moment de prendre des décisions pouvant avoir des répercussions sur celle-ci, est en soi une bonne idée. Malheureusement, les décisions finales ont échoué à prendre des mesures qui obligeraient ces secteurs à agir en respectant des limites imposées à l’échelle planétaire. Au contraire, le texte portant sur l’intégration de la biodiversité semble préserver leurs intérêts sans jamais rappeler leur part de responsabilité dans la crise environnementale.

En ce qui concerne l’agriculture, par exemple, le texte appelle encore et toujours à promouvoir la révolution verte, en particulier à investir davantage dans les nouvelles technologies et à développer la recherche dans ce domaine. Or ce sont précisément ces nouvelles technologies, telles que les pesticides et les organismes génétiquement modifiés (OGM), qui ravagent la biodiversité. Il ne suffit pas de qualifier ces technologies de “durables” pour qu’elles le soient.

À propos du tourisme, le texte appelle à la croissance du secteur, argumentant qu’il s’agit d’une activité écologique. Cependant, les Peuples Indigènes se sont plaints à maintes reprises et ont montré comment l’(éco)tourisme détruit les espaces naturels dans lesquels ils habitent et leur ôte le droit à vivre sur leurs territoires dont ils sont les gardiens historiques.

Les Peuples Indigènes et les Communautés Locales ont été soumis à une forte pression et travaillé sur plusieurs fronts. L’aspect libre du principe du Consentement libre, préalable et informé n’a été qu’à moitié reconnu, et ce après d’âpres négociations.

De nombreux pays membres de la Convention souhaitaient soumettre à la législation nationale les us et coutumes des communautés, leurs protocoles, leurs pratiques et leurs processus de décision, leur quittant ainsi leur souveraineté. Les Peuples Indigènes n’ont pas pu faire entendre leur voix lors de ces discussions. Ce ne fut qu’après un acte de protestation conjoint des Peuples Indigènes et de la société civile, auquel Les Amis de la Terre a participé, que leur droit à la souveraineté a été restauré.

Le principe de précaution, un élément clé des conventions des Nations Unies, a été sévèrement attaqué. Les pays en faveur des OGM font passer les intérêts corporatifs et commerciaux avant la sécurité environnementale et la santé humaine. Ces pays sentent le danger lorsqu’ils entendent parler de principe de précaution et d’évaluation des risques et font tout pour les faire disparaître. Cela a conduit à la disparition des mécanismes permettant de développer une évaluation des risques des OGM dans le cadre du Protocole de Carthagène; la non-régulation des séquences génétiques numérisées qui empêche de mettre fin à la biopiraterie; et la désintégration du groupe d’experts censés aborder les risques de la biologie synthétique.

De nombreux pays ont reconnu les menaces que représentent le forçage génétique, une toute nouvelle technologie de génie génétique capable de changer les caractéristiques de toute une espèce ou même de l’éradiquer entièrement, et ont demandé un moratoire. Cela n’a pas été approuvé et les appels à la gouvernance ont été bloqués.

Tout cela s’inscrit dans un contexte où le secteur privé a de plus en plus de pouvoir et d’influence à l’intérieur de la CBD. Près d’un tiers des délégués de la COP venaient en représentation du secteur des affaires, tandis qu’un nombre incalculable de représentants du secteur privé faisait partie des délégations officielles des États membres. Le comportement de certains pays trahit la forte influence du secteur privé sous laquelle ils se trouvent, huiles pousse à défendre les intérêts économiques plutôt que la biodiversité et les écosystèmes ainsi que les droits de ceux qui habitent les forêts et autres écosystèmes.

La percée du secteur corporatif se traduit entre autre par la financiarisation de la nature. Lors des événements qui ont précédé la COP, tels que le Forum Entreprises et Biodiversité, lors des événement organisés en parallèle et dans les discussions de couloir, les concepts tels que les paiements pour services environnementaux, de compensation biodiversité et d’autres formes d’évaluation économique de la nature, avaient la cote. Dans de nombreux cas, ces idées ont été présentées comme les seules solutions aux problèmes environnementaux. Après de longues batailles, elles été exclues des textes officiels, mais il est clair que cette tendance a le vent en poupe.

Il nous semble que le niveau de décence humaine à la COP chute d’année en année. Nous l’avons ressenti lorsque plusieurs délégués des Amis de la Terre International, ainsi que nombre d’autres délégués, furent victimes d’attaques verbales pour avoir défendu les intérêts de la nature ainsi que ceux des agriculteurs, des pêcheurs, des habitants des forêts, des peuples indigènes et des femmes.

En somme, aucune des décisions prises par la CBD ne nous mènera au changement de système nécessaire pour sauver la nature. Ce dont nous avons réellement besoin sont des propositions de projets tels que la gouvernance communautaire des forêts, l’agroécologie et le renforcement des droits collectifs. Voilà pourquoi Les Amis de la Terre International continuerons à travailler localement dans chacun des 74 pays où nous nous trouvons, afin de soutenir ceux et celles qui contribuent à changer le monde, chaque jour, depuis leurs villes et leurs communautés.

Porte-paroles:

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Image principale: Pesalat Reforestation Project, Central Kalimantan, Indonesia ©World Resources Institute/Flickr CC