Six agriculteurs assassinés au cours d’un apparent conflit foncier.

Les Amis de la Terre International dénoncent le meurtre de six paysans qui eut lieu dans l’Amazonie péruvienne le 1er septembre. Les victimes, Jorge Calderón Campos (33 ans), Elías Gamonal Mozimbite (31), Feliciano Córdova Abad (71), Edil Córdova López (41), Alcides Córdova López et Orlando Burillo Mendoza (53) étaient membres de l’association agricole Bello Paraíso de la région péruvienne d’Ucayali.

Ces meurtres s’insèrent dans un cadre général de violence contre les défenseurs de l’environnement, des terres et des communautés, où les coupables restent impunis. Cette violence doit cesser.

Tout semble indiquer que le massacre pourrait faire partie d’une campagne violente pour expulser les agriculteurs et les communautés indigènes de leurs territoires traditionnels, pour y faire des plantations de palmiers à huile sans leur consentement.

Cet acte intolérable est le dernier en date dans la région d’Ucayali, où le « trafic de terres » est devenu courant : des bandes de criminels recourent à la violence pour prendre le contrôle des terres forestières, obtiennent des titres de propriété des autorités régionales et les vendent ensuite à des entreprises agro-industrielles qui les transforment en plantations. Le massacre a eu lieu trois ans après le meurtre de l’activiste des droits de l’homme Edwin Chota et de plusieurs défenseurs indigènes de la forêt d’Ashininka. Ces crimes n’ont pas encore fait l’objet d’une enquête appropriée et restent donc impunis.

Nous exhortons les autorités péruviennes à agir sans délai en prenant les mesures suivantes :

  • Le ministère de l’Intérieur et la police doivent intervenir et protéger les leaders indigènes, en prévoyant surtout des mesures de sécurité spéciales pour les femmes leaders qui défendent leur territoire ancestral.
  • La Direction des enquêtes criminelles et de soutien de la justice (DIRINCRI) doit enquêter rapidement et livrer les auteurs intellectuels et matériels du massacre à la justice.
  • Le Ministère public doit accélérer les enquêtes sur les cas de trafic de terres, et enquêter également sur les entreprises de plantation de palmiers à huile et d’extraction de bois dur qui pourraient être en train de bénéficier de ce trafic.
  • Le Pouvoir judiciaire doit accélérer les procès contre les trafiquants et rendre des sentences en accord avec la procédure constitutionnelle concernant la défense des communautés indigènes.
  • Les autorités péruviennes doivent cesser de délivrer des titres fonciers sans respecter la procédure légale et la transparence, accélérer la régularisation des territoires ancestraux en application des conventions internationales en vigueur, et s’abstenir d’accorder à des tiers des droits sur les territoires traditionnels des communautés indigènes.
  • Le ministère de l’Agriculture doit engager des poursuites contre toute entreprise agro-industrielle qui encourage le trafic de terres et la violence ou qui en tire avantage.
  • Le Défenseur du Peuple (Ombudsman) doit intervenir pour pousser le gouvernement à agir sans délai.
  • Les autorités péruviennes doivent cesser d’accuser les organisations écologistes et les défenseurs de l’environnement d’inciter à la violence.

Les attaques contre les défenseurs de l’environnement mettent en danger la justice environnementale, sociale et de genre, ainsi que les droits collectifs des peuples et les droits de l’homme du monde entier.