Multistakeholderism

Le monde est confronté à des crises sans précédent : changement climatique, pandémies, catastrophes naturelles, génocides, guerres et montée en flèche des inégalités. La réponse internationale, menée par les Nations unies et son système multilatéral, n’a pas réussi à offrir de véritables solutions. Au lieu de cela, la gouvernance mondiale est dominée par les intérêts des entreprises, perpétuant un système qui néglige les besoins de la majorité, en particulier dans les pays du Sud global. Ainsi, le prochain « Sommet de l’Avenir » organisé les 22 et 23 septembre par l’ONU risque de n’être rien d’autre qu’un nouvel exercice visant en premier lieu à maintenir le statu quo. Or, ce dont le monde a besoin, c’est d’une gouvernance mondiale qui soit véritablement démocratique, inclusive, responsable et capable de relever les défis urgents auxquels nous sommes tous confrontés.

Qui va définir l’avenir ?

La gouvernance mondiale est aujourd’hui embourbée dans des confrontations géopolitiques entre les puissances occidentales (États-Unis, Union européenne et alliés) et l’influence croissante de la Chine et de la Russie. Dans le même temps, les entreprises transnationales exercent une influence considérable sur la prise de décision, privilégiant la réalisation de profits aux dépens des besoins des populations. Il en résulte un modèle de gouvernance qui perpétue les inégalités et la dégradation de l’environnement sans apporter de solutions significatives aux crises mondiales.

L’ONU, autrefois porteuse d’espoir pour la coopération internationale, est aujourd’hui paralysée par cette dynamique. La participation démocratique au sein du système multilatéral s’est érodée, les décisions étant concentrées entre les mains d’un petit nombre de pays puissants et de grandes entreprises. Les voix du Sud sont marginalisées et ignorées.

Les pays du Sud global ressentent une frustration croissante face à la domination des pays développés et des entreprises transnationales dans la prise de décision au niveau mondial. Ces entités entravent les progrès sur les questions économiques, sociales et environnementales essentielles, laissant la majorité du monde supporter le poids des crises tandis que leurs voix sont tenues à l’écart. Les politiques issues du système actuel ont aggravé les inégalités et n’ont pas réussi à s’attaquer aux causes profondes des défis mondiaux.

Il ne fait aucun doute que cet échec a alimenté la montée des mouvements d’extrême droite et des mouvements fascistes dans le monde entier, qui capitalisent sur la désillusion des populations laissées pour compte par la gouvernance mondiale. La montée de l’ethno-nationalisme, le déni de la science et la normalisation des discours de haine sont autant de symptômes d’un système défaillant qui privilégie en premier lieu les intérêts des entreprises au détriment du bien-être des populations.

Une nouvelle structure de gouvernance mondiale

Il est peu probable que le Sommet de l’Avenir apporte le changement radical dont le monde a besoin. Plutôt que de s’attaquer aux causes profondes des crises, il s’apprête à proposer de vagues engagements qui préservent le système néolibéral actuel. Or ce qu’il faut, c’est une nouvelle structure de gouvernance mondiale, démocratique, responsable et répondant aux besoins de tous les peuples, et pas seulement à ceux de quelques privilégiés.

Nous lançons donc un appel :

  • Équité entre les nations : Nous devons rejeter les déséquilibres de pouvoir ancrés dans des institutions comme le Conseil de sécurité des Nations unies, dans lequel une poignée de pays détient un droit de veto, ainsi que dans des institutions financières comme le FMI et la Banque mondiale, dans lesquelles le pouvoir d’influence est directement en rapport avec la richesse. Les forums exclusifs comme le G7 et le G20 doivent être remplacés par des espaces véritablement inclusifs dans lesquels toutes les nations ont une voix égale.
  • Priorité aux mouvements sociaux et à la société civile : Les gouvernements et les institutions internationales doivent donner la priorité aux voix et aux besoins des populations par rapport à celles des entreprises et des élites fortunées. Les gouvernements nationaux, agissant en tant que représentants légitimes de leurs populations, doivent prendre la tête du processus décisionnel mondial, en intégrant la contribution significative de la société civile et des mouvements sociaux. Les intérêts des entreprises et des milliardaires doivent être exclus de ces espaces. La « mainmise des entreprises » sur les institutions mondiales sous le couvert du « multipartisme » a conduit à un système qui sert les intérêts de quelques-uns au détriment de ceux du plus grand nombre.
  • Suppression du droit de veto : Une gouvernance mondiale démocratique permettrait d’assurer que tous les pays soient traités sur un pied d’égalité, sans qu’aucun pays ou groupe de pays n’exerce un pouvoir disproportionné. Le droit de veto du Conseil de sécurité des Nations unies doit être aboli et les institutions financières doivent être restructurées de manière à ce que la prise de décision ne soit pas liée à la richesse de leurs membres. Seules de telles réformes permettront à la gouvernance mondiale de devenir inclusive, transparente et capable de relever les défis auxquels nous sommes confrontés.
  • Réforme des régimes commerciaux, fiscaux et de propriété intellectuelle : Les régimes actuels de commerce et de propriété intellectuelle étouffent le développement du numérique et des données dans les pays du Sud. Nous avons besoin de toute urgence d’une doctrine d’utilisation équitable des secrets commerciaux afin de permettre aux petites entreprises des pays en développement d’accéder aux données essentielles, de garantir la responsabilité en matière d’innovation dans le domaine de l’intelligence artificielle et de soutenir l’octroi de licences publiques pour les technologies fondamentales de l’intelligence artificielle. Les systèmes fiscaux internationaux doivent être réformés afin de garantir une répartition équitable des richesses. Les infrastructures de demain devraient être construites grâce à des investissements publics, et non contrôlées par les géants de la technologie.
  • Une gouvernance des données équitable et responsable : L’appel à la libre circulation des données à travers les frontières profite aux acteurs dominants de l’économie numérique mondiale, et non à l’ensemble des nations. À l’instar du libre-échange, ce discours soutient la course à la domination numérique des temps modernes. Un nouveau cadre mondial pour les données, ancré dans les droits humains et le développement, est nécessaire. Une gouvernance efficace de l’IA doit responsabiliser les acteurs non étatiques afin de prévenir l’exploitation et d’assurer la survie de l’humanité.

Conclusion

Le monde n’a pas besoin d’un autre sommet théâtral qui ne sert qu’à préserver l’ordre actuel. Nous avons besoin d’une vision audacieuse et transformatrice de la gouvernance mondiale qui donne la priorité aux personnes et à la planète plutôt qu’aux profits des entreprises. Une gouvernance mondiale démocratique est essentielle si nous voulons surmonter les crises existentielles auxquelles l’humanité est confrontée. Il est temps d’opérer un véritable changement, qui garantisse la dignité, la durabilité et la justice pour tous.

Transnational Institute, Les Amis de la Terre International, IT for Change.