La première conférence sur la sortie des énergies fossiles s’achève sur des progrès limités, mais avec l’engagement des mouvements en faveur d’une transition énergétique véritablement juste
La première conférence dédiée à la transition vers l’abandon des combustibles fossiles s’est officiellement achevée à Santa Marta, en Colombie, après plusieurs jours de négociations et le Sommet des peuples pour un avenir sans combustibles fossiles. La conférence a réuni plus de 60 États pour discuter de la transition énergétique. Cependant, la participation des membres des mouvements sociaux, environnementaux, autochtones, paysans, syndicaux et féministes, qui s’étaient rassemblés quelques jours plus tôt pour tracer la voie vers une transition véritablement juste, a été limitée. Les résultats reflètent une volonté de sortir progressivement des énergies fossiles, mais la question reste de savoir si cette transition sera juste.
« L’accord conclu à Santa Marta visant à poursuivre le processus de transition vers l’abandon des énergies fossiles intervient à un moment crucial de l’histoire, dans un contexte marqué par l’aggravation de la crise climatique, l’escalade du militarisme menée par les États-Unis et Israël, et le renforcement du pouvoir des multinationales. La seule issue aux crises environnementales et sociales actuelles passe par une transition énergétique anti-impérialiste, féministe et juste. Cela nécessite un changement systémique du modèle énergétique actuel : il faut s’éloigner des systèmes énergétiques privatisés et dominés par les entreprises, ainsi que de la course à l’extraction des minerais critiques, pour s’orienter vers des énergies renouvelables décentralisées garantissant la souveraineté énergétique pour tous. »
Kirtana Chandrasekaran
Les Amis de la Terre International
Les multinationales, telles que Chevron et Total, soutiennent la dynamique de transition, promeuvent de fausses solutions et mettent au point des moyens d’exercer leur pouvoir sur les États et de conserver le contrôle des systèmes énergétiques. Pourtant, les conclusions de la conférence laissent la porte ouverte à ces fausses solutions et ignorent largement les dangers que représentent les mécanismes de règlement des différends entre investisseurs et États.
« Le mécanisme ISDS permet aux entreprises de poursuivre des États en justice pour leurs choix collectifs en matière d’énergie et de ressources. En général, c’est l’investisseur qui gagne, tandis que les populations et le climat sont perdants. La majorité des plaintes sont déposées par des investisseurs du Nord contre des États du Sud, ce qui permet aux entreprises du secteur des énergies fossiles et des mines d’opérer, d’extraire et d’exploiter en toute impunité. La transition énergétique juste que nous construisons ne peut se faire sans la suppression de l’ISDS, mais les conclusions ne tiennent pas compte de cette réalité. »
Frances Verkamp
Les Amis de la Terre Europe
Dans les pays du Sud, les communautés sont de plus en plus menacées par de fausses solutions, comme l’ont souligné les délégués lors du sommet :
« La transition énergétique juste de l’Indonésie est compromise par de fausses solutions dangereuses face à la crise climatique et énergétique. Les projets nucléaires et de biomasse, les marchés du carbone et autres initiatives similaires ne font que renforcer la dépendance aux énergies fossiles. Ouvrir la porte aux entités privées et aux institutions financières pour qu’elles imposent de fausses solutions par le biais d’un financement climatique privatisé, comme le font les conclusions, ne fait que créer une bouée de sauvetage pour les grands pollueurs. Les fausses solutions et la privatisation du financement climatique détournent l’attention des vraies solutions détenues par les communautés, qui sont à portée de main et nécessaires à une transition énergétique juste. »
Wahyu Eka
WALHI / Les Amis de la Terre Indonésie
L’une des questions centrales liées à la transition énergétique est la course aux minerais stratégiques. Ce thème a été au cœur du Sommet des peuples, mais il est absent des conclusions de la conférence, qui ignorent totalement le rôle des industries extractives.
« Le projet impérialiste ne repose pas uniquement sur les combustibles fossiles. Aujourd’hui, les mêmes forces impérialistes qui ont provoqué et alimenté la crise climatique, ainsi que le génocide et la guerre, tournent leur regard vers les minerais stratégiques, s’emparant du contrôle de territoires afin d’étendre l’extraction et l’exploitation minière au service du militarisme et des « transitions vertes » menées par les entreprises. Les entreprises qui alimentent cette violence sont absentes des conclusions de la conférence. La transition ne peut être juste que si elle est sans équivoque anti-impérialiste, garantissant la fin de l’extractivisme et de la consommation inégale d’énergie et de ressources. »
Siphesihle Mvundla
groundWork / Les Amis de la Terre Afrique du Sud
« Cette conférence contribue à mettre en lumière un débat qui avait jusqu’alors été étouffé. Son impact est toutefois limité par des conclusions qui ne proposent ni nouveau cadre ni nouveaux mécanismes internationaux. »
Catalina Caro
CENSAT / Les Amis de la Terre Colombie
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Contacts presse
Ghislaine Fandel // ghislaine@foei.org // @FoEint // À Santa Marta du 24 au 30 avril