Plastic treaty

En novembre, les chefs d’État, les ministres de l’Environnement et d’autres représentants de 175 pays se sont réunis à Nairobi (Kenya) pour négocier un nouvel accord international juridiquement contraignant qui s’attaque au cycle de vie complet du plastique. Cela fait suite à d’innombrables efforts déployés par des organisations, des mouvements et des communautés affectées dans le monde entier pour faire face à l’un des problèmes environnementaux les plus urgents du monde, les déchets plastiques.

Nous avons tous vu les images. Une tortue confond des sacs plastique avec de la nourriture, une plage inondée par un tsunami de bouteilles et des microplastiques détectés dans les organes internes d’un nouveau-né. Mais sous chaque montagne de déchets plastiques se cache une crise plus profonde et plus large dans laquelle l’industrie pétrolière, la surconsommation, le pouvoir des entreprises et les injustices mondiales sont empêtrés. Les océans pollués de plastique sont un signe macabre d’un système qui a terriblement mal tourné et le remède devra être plus que superficiel.

Il faut des années d’action et de sensibilisation de la part des personnes, des organisations et des dirigeants pour attirer l’attention du monde. Le mouvement mondial Break Free From Plastic (BFFP) s’est développé au cours de la dernière décennie. Des groupes communautaires qui ramassent les déchets sur leur plage locale, aux citoyens scientifiques qui documentent l’impact choquant du développement des emballages réutilisables, le mouvement avance enfin vers un traité mondial pour mettre fin à la pollution plastique.

Voici l’histoire de certains guerriers zéro-déchet sur les lignes de front de la lutte en Afrique.

Défier les entreprises à la base du problème du plastique

Générant 2,5 millions de tonnes de déchets plastiques par an, le problème du plastique au Nigeria a exposé les communautés locales à des risques sanitaires et à un environnement dégradé. ERA/Les Amis de la Terre Nigeria a dénoncé la souffrance infligée aux personnes sur la scène nationale et internationale, sensibilisant et défiant les pouvoirs à la base du problème : les entreprises.

Les façons dont ces entreprises contribuent aux déchets plastiques sont vastes et d’une portée considérable, infligeant des dommages aux personnes et à la planète tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

« Nous nous concentrons sur la réduction de la production de plastique parce que nous devons réduire le plastique par tous les moyens possibles. Nous examinons la façon dont le plastique est conçu, les microplastiques, la gestion générale des déchets et le commerce des déchets », déclare Melody Enyinnaya de ERA/Amis de la Terre Nigeria, faisant état de la lutte en cours pour s’attaquer au problème du plastique sous toutes ses formes.

Manifestation pour un traité sur le plastique après un audit de marques sur les déchets au Nigeria
Action de retour à l’expéditeur au Nigeria avec ERA/Les Amis de la Terre Nigeria. Crédit : Les Amis de la Terre Nigeria

Déversements de pétrole, de déchets… Les communautés au Nigeria continuent de ressentir les effets de la production effrénée de plastique dans leurs régions par des sociétés comme Coca-Cola, Seven Up Bottling Company et CWay Group. Lors d’un récent audit de marque réalisé à Benin City par ERA/Les Amis de la Terre Nigeria, Coca-Cola et PepsiCo, embouteillés au Nigeria par Seven up bottling company, se sont avérés être les plus grands pollueurs de plastique de la région.  

A l’échelle locale, nationale et internationale, ERA/Les Amis de la Terre Nigeria, parmi d’autres groupes concernés, tient activement ces sociétés responsables. À la suite des résultats de l’audit, ERA/Les Amis de la Terre Nigeria et d’autres groupes se sont réunis pour faire un retour des déchets plastiques directement à l’entreprise par une action de retour à l’expéditeur. Cette action s’est articulée autour de deux objectifs principaux : réduire la production plastique et promouvoir la révolution de la réutilisation. Le mouvement continue de faire des progrès localement, influençant les lois sur la gestion des déchets au niveau de l’État et engageant les dirigeants politiques.

« Nous utilisons beaucoup d’instruments pour ce faire, comme l’engagement communautaire, le dialogue avec différentes institutions gouvernementales sur les politiques et les instruments de contentieux, en particulier dans la lutte contre le pétrole et le gaz »

Melody Enyinnaya


Pour l’avenir, Melody Enyinnaya espère qu’un jour les politiques refléteront le sort des personnes touchées par la production actuelle de plastiques et l’impunité des entreprises.

Changer le discours autour du plastique

La plus grande source ponctuelle d’émissions de gaz à effet de serre au monde, Sasol, est située en Afrique du Sud. Elle fait partie des installations pétrochimiques les plus polluantes au monde et les personnes vivant aux alentours sont confrontées aux réalités de la production galopante de combustibles fossiles et de plastique. Les discussions autour du plastique doivent donc aller au-delà de ce que plusieurs pays continuent de considérer comme une question de gestion des déchets.

Les Amis de la Terre Afrique du Sud appelle à un traité mondial sur le plastique
Crédit : Les Amis de la Terre Afrique du Sud

Rico Euripidou de Groundwork/Les Amis de la Terre Afrique du Sud explique cette urgente nécessité de changement dans le discours autour du plastique. « L’objectif pour nous est de démystifier tous les mythes sur le plastique et de dire clairement que les plastiques sont à 100 % des combustibles fossiles et produits chimiques ; nous devons nous libérer du plastique » dit-il.

Alors que le monde s’éloigne du pétrole, les sociétés pétrochimiques se repositionnent pour fabriquer plus de produits pétrochimiques (c.-à-d. de plastique) que de pétrole dans les années à venir ; les dirigeants politiques qui cherchent à lutter contre le changement climatique et le problème du plastique doivent donc se concentrer davantage sur l’industrie.

Mais le problème est double. Groundwork/Les Amis de la Terre Afrique du Sud attire également l’attention sur une quantité s’élevant à plus de 13 000 produits chimiques présents dans le plastique aujourd’hui dont les effets sur la santé humaine et l’environnement sont encore un grand mystère. Il y a toujours un manque de transparence et de traçabilité autour de ces produits chimiques, selon Rico.

Le plastique est aujourd’hui au cœur des crises du climat, de la pollution chimique et de la biodiversité. Les groupes du mouvement sud-africain contre le plastique appellent à un effort commun pour faire face aux industries, dont les effets ont entraîné cette triple crise. 

« Le temps de l’unilatéralisme est révolu. Nous ne pouvons pas nous attaquer au problème du plastique à moins que les pays ne prennent des mesures multilatérales concertées à l’échelle mondiale »

Rico Euripidou

Agir sur le plastique – penser globalement et agir localement

Au Togo, les communautés côtières et les pêcheurs continuent de ressentir les effets dramatiques de la pollution plastique. Kokou Amagadze des Amis de la Terre Togo (ADT Togo) explique les effets considérables des déchets plastiques sur le milieu marin et ce que cela signifie pour les personnes.

« Les pêcheurs des zones côtières du Togo trouvent plus de plastiques que de poissons dans leurs filets. L’océan apporte tellement aux êtres humains, mais les plastiques affectent son fonctionnement normal »

Kokou Amagadze


Le problème autour du plastique va donc au-delà des ravages environnementaux qu’il inflige aux écosystèmes terrestres et marins. Cette problématique largement intersectionnelle a un impact sur les moyens de subsistance, sur l’accès à l’alimentation et sur la santé des personnes au Togo. La production plastique à l’échelle mondiale, alimentée par les industries pétrochimiques et des combustibles fossiles, est également un facteur majeur à la crise climatique.

Nettoyage de la plage pour collecter les déchets plastiques au Togo
Nettoyage de plage avec Les Amis de la Terre Togo, Crédit : Les Amis de la Terre Togo

ADT Togo attire l’attention sur ce fait « en pensant globalement et en agissant localement », comme le dit Kokou. Tout en nettoyant les plages et les parcs publics et en s’engageant auprès des communautés locales et des gouvernements, ADT Togo continue de plaider en faveur d’un traité juste sur le plastique.

« Que ce soient les gouvernements, les autorités locales ou des personnes, nous devons tous prendre des mesures pour résoudre ce problème majeur. Cela nous concerne tous, c’est pourquoi les négociations sur ce traité sont si importantes »

Kokou Amagadze