Rome, le 24 février 2020 – Un plan mondial pour interrompre l’effondrement de la nature ne protègera pas les populations vulnérables et n’arrêtera pas la sixième extinction massive sur la Terre, affirment les Amis de la Terre International. Cet appel est lancé au moment où les gouvernements se réunissent à Rome aujourd’hui pour la première fois, pour travailler sur un accord des Nations Unies « genre Paris », auquel on parviendrait en octobre.

Le plan remplacera une stratégie qui existe depuis 10 ans, qui a été à peine mise en œuvre et qui a absolument échoué à freiner le déclin de la nature. L’année dernière, un panel intergouvernemental de scientifiques a exhorté à se détourner complètement et d’urgence des économies basées sur la croissance, après avoir rapporté que les espèces en péril d’extinction sont plus nombreuses que jamais auparavant.

Des gouvernements du monde entier passeront toute la semaine à Rome à élaborer un nouveau plan. Or, le premier brouillon publié en janvier manque d’ambition et d’objectifs urgents pour sauver la nature et les gens.

En particulier,

  • il ne traite pas des causes profondes de l’effondrement de la nature, à savoir la surconsommation de ressources dans les pays les plus riches, l’agriculture industrielle et un système économique qui favorise la destruction et creuse les inégalités. Ceci exige une transition juste partout, avec l’obligation pour les pays riches de financer cette transition dans les pays du Sud ;
  • il ne prévoit pas des mécanismes juridiquement contraignants pour la mise en œuvre d’un plan convenu ;
  • il ne propose pas un plan pour mettre fin à des pratiques nuisibles, comme l’extraction minière, la culture de matières premières agricoles ou l’emploi de pesticides ;
  • il permet de détruire la nature tant qu’on la sauvera ailleurs, ce qui pousserait les grandes entreprises à fixer un prix à la nature et à compenser leurs dégâts en payant pour la sauver à un autre endroit. Ceci engendrera inéluctablement un marché financier sur le sauvetage et la destruction de la biodiversité, tout en ignorant le rôle fondamental que jouent les peuples autochtones et les communautés locales dans la défense des écosystèmes ;
  • il omet de situer les communautés – et les peuples autochtones en particulier – au centre de la protection de la nature. De même, toute mention de justice, d’équité et de réduction de la pauvreté, ainsi que toute obligation des pays riches de fournir des ressources pour soutenir les pays du Sud, en sont absentes.

Nele Mariën, coordinatrice du programme Forêts et biodiversité des Amis de la Terre International, a dit :

« Le brouillon actuel du plan est absolument faible et inadéquat. Il n’évitera pas la sixième extinction massive et ne construira pas non plus un avenir plus juste et plus sûr. Il nous faut des règles contraignantes pour pouvoir vraiment commencer à vivre dans les limites planétaires, à réduire les inégalités, à s’occuper des conflits d’intérêts des grandes entreprises et à garantir les droits des peuples autochtones et des communautés locales. En bref, il nous faut un changement de système. »

Friedrich Wulf, militant international pour la nature des Amis de la Terre Europe a dit :

« Nous sommes à court de temps. Nous avons urgemment besoin d’un plan pour sauver l’humanité, mais celui-ci ne fait pas l’affaire. Si nous voulons garder une quelconque possibilité d’empêcher l’effondrement du monde naturel, il faut que les gouvernements nationaux interviennent pour nous débarrasser des économies obsédées par la croissance et destructrices de la nature. Les pays riches comme ceux de l’UE – ceux qui contribuent le plus à la destruction par leur surconsommation et leurs multinationales dommageables – ont la responsabilité de jouer un rôle beaucoup plus fort. »

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Pour plus d’information veuillez contacter :

Nele Mariën, co-coordinatrice du programme Forêts et biodiversité des Amis de la Terre International : nele[à]foei.org | +32 488 65 21 53 (anglais, espagnol, néerlandais, français) (à Rome)

Friedrich Wulf, militant pour la nature des Amis de la Terre Europe : Friedrich.Wulf[à]pronatura.ch | +41 79 216 02 06 (anglais, allemand, français) (à Rome)

Hemantha Withanage, Centre for Environmental Justice – Amis de la Terre Sri Lanka : hemantha[à]ejustice.lk | +94 777600503 (anglais) (à Rome)