L’Indonésie est un des premiers exportateurs de charbon du monde. En 2015, le pays a extrait plus de 460 millions de tonnes de charbon. À ce jour, plus de 5 000 permis d’extraction y ont été délivrés. Le gouvernement indonésien veut produire 35 000 MW supplémentaires d’électricité, surtout à base de charbon, alors que selon les termes de l’Accord de Paris il s’est engagé à réduire ses émissions de 29 % d’ici à 2030.

« J’ai un message pour l’État et pour tous les indigènes, pour tous les habitants de l’Indonésie. Dieu a créé la Terre une seule fois, et la Terre ne pourra jamais donner naissance à une autre Terre. […] Une fois que la déforestation est complète, que la terre est ravagée, que les gens sont sans ressources et que la culture a disparu, notre avenir est sombre. Parce que la Terre est notre mère, la forêt est notre souffle vital, l’eau est notre sang et les rochers sont les fondations de la terre. Tel est notre message aux autorités gouvernementales : arrêtez la mine. »

Ibu Mardiana, infirmière, village de Tamiang Layang

Les mines de charbon provoquent une déforestation massive en Indonésie, ce qui porte atteinte à la santé et aux moyens d’existence des communautés locales et attise les conflits fonciers.  Les Amis de la Terre Indonésie / WALHI soutiennent les communautés dans leur lutte contre le charbon et pour restaurer l’environnement. Voici leur histoire.

« Avant que la mine ne commence à fonctionner, notre vie, la nature et la forêt ne faisaient qu’un. Nous vivions de la forêt : nous avions des plantations d’hévéas et nous y trouvions notre nourriture. La forêt nous donnait une grande variété de plantes, comme les pousses de bambou et le galanga. Nous ne plantions pas le galanga, il poussait tout seul. Aujourd’hui nous ne le trouvons plus. »

Pa Yusep, village de Gunung Karasik

Kalimantan, la partie indonésienne de l’île de Bornéo, est célèbre pour ses plages immaculées, l’abondance de sa faune et la biodiversité de sa forêt tropicale.  Cette forêt est vitale pour la subsistance des communautés indigènes mais elle est en danger, car le gouvernement indonésien continue d’encourager l’extraction intensive de charbon dans la région. 2 450 concessions minières ont été accordées. Elles s’étendent sur 3,8 millions d’hectares, et 280 d’entre elles sont déjà en fonctionnement.

Lorsque la forêt est défrichée pour faire place aux mines, les communautés ne peuvent plus cueillir des fruits, des légumes et du bois ou chasser des animaux. Certains ont perdu leur source de revenus après avoir vendu leurs champs à la société minière. Ils ne peuvent plus pêcher ou disposer d’eau potable parce les rivières sont  polluées par les déchets miniers. Les conséquences pour les femmes sont particulièrement dures, car en général  ce sont elles qui se chargent de la collecte d’eau.

Pa Yusep et sa femme Ibu Ahini

« Depuis que la mine a ouvert il a été difficile d’obtenir de l’eau. Avant il y avait une cascade que la population appelait Ranu Metak. Mais aujourd’hui tout est difficile, l’eau ne coule plus. À cause de la mine, nous devons aller chercher de l’eau à la rivière, à quelques kilomètres du village. »

Ibu Ahini, village de Gunung Karasik

La pollution de la mine a des effets directs sur la santé, l’eau polluée cause des maladies de la peau et la poussière de charbon attaque les poumons. La perturbation de l’environnement aggrave les inondations, les glissements de terrain et d’autres catastrophes. Il est fréquent que les sites des mines abandonnées ne soient pas restaurés par les entreprises, qui nient toute responsabilité.

Les entreprises minières traitent la population avec très peu de respect et répondent par la violence à ses protestations pacifiques. Les mines créent des conflits dans et entre les communautés, et ceux qui s’opposent aux projets subissent des pressions de la part de la police.

Pa Yusep à côté d’une mine abandonnée de la BNJM. Cette entreprise indonésienne n’ayant pas restauré le site, elle a aggravé les souffrances de la communauté de Gunung Karasik. 

« Ils sont venus sans demander l’avis de la communauté. On ne nous a pas donné de possibilités de travail. On dirait que la communauté n’a aucun droit […] Autrefois nous étions en sécurité. On avait la paix, il n’y avait aucun conflit. Aujourd’hui nous avons des problèmes quand nous exigeons à l’entreprise [minière] de respecter nos droits. Nous avons même été poursuivis par la police. »

Pa Yusep, village de Gunung Karasik 

Les communautés locales manifestent leur opposition aux mines depuis des années. Elles veulent que le gouvernement indonésien retire les permis d’extraction, ferme les mines et ordonne que les sols, les forêts et les rivières soient restaurés.

« Nous demandons au gouvernement de retirer les permis d’extraction de charbon dans le Barito oriental, parce que c’est tout ce qui reste pour  nos enfants et nos petits-enfants.Tel est notre message aux autorités gouvernementales : arrêtez la mine. »

Ibu Mardiana, infirmière, village de Tamiang Layang

Les Amis de la Terre Indonésie – WALHI soutiennent leur lutte. Ils ont prélevé des échantillons d’eau dans les rivières proches des mines pour prouver qu’elle contient des métaux lourds. Ils poussent aussi la Commission pour l’éradication de la corruption à retirer les permis d’extraction des entreprises qui violent la loi, par exemple lorsqu’elles creusent des mines dans des zones boisées, polluent les rivières ou ne paient pas d’impôts. Ils y ont réussi dans certains cas, mais dans bien d’autres les mines ont pu continuer à fonctionner. WALHI mène une campagne dont le but ultime est d’éliminer progressivement l’extraction de charbon.

Le charbon nuit à la population et à l’environnement, ignore les options énergétiques propres et la gestion communautaire de la forêt, et compromet la promesse de l’Indonésie de réduire les émissions de carbone de 29 % d’ici à 2030. 

WALHI et les communautés locales continuent de se mobiliser pour mettre fin à l’extraction minière en Indonésie. Ils demandent au reste du monde de cesser d’importer du charbon d’Indonésie et  d’empêcher les banques et les institutions financières d’investir dans le charbon indonésien.

« Mon message au gouvernement : retirez à la BNJM le permis d’exploitation minière dans la zone du village de Gunung Karasik»

Pa Yusep, village de Gunung Karasik

Dites non au charbon en Indonésie!

Images: © Luka Tomac/ Les Amis de la Terre International