COP 16 de la CDB : les enjeux de la Convention sur la diversité biologique en Colombie
Cinq questions pour comprendre pourquoi la COP16 biodiversité est un moment crucial pour la préservation de la biodiversité
La 16e Conférence des Parties (COP16) de la Convention sur la diversité biologique (CDB), s’ouvrira le 21 octobre 2024, et représente un moment charnière dans les efforts internationaux de lutte contre l’aggarvation de la crise de la biodiversité. Les parties discuteront des modalités et des moyens de mise en œuvre du Cadre mondial pour la biodiversité aux niveaux mondial et national.
Nous avons interrogé Nele Marien, coordinatrice du programme Forêts et biodiversité aux Amis de la Terre International, pour comprendre pourquoi ces discussions seront cruciales pour la protection de la biodiversité.
Pourquoi la convention des Nations unies sur la diversité biologique est-elle importante ?
Nous sommes actuellement au cœur de la sixième extinction de masse. La Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB) est essentielle pour faire face à la crise actuelle de la biodiversité, marquée par une accélération de l’extinction des espèces et de la dégradation des écosystèmes. Cette convention facilite la coopération internationale, ce qui est essentiel car les pays ne peuvent pas, à eux seuls, s’attaquer à un problème aussi vaste.
Le récent Cadre mondial pour la biodiversité, adopté en 2022, aborde différents facteurs ayant une incidence sur la biodiversité, depuis les efforts de préservation et de conservation jusqu’aux interactions entre les humains et les écosystèmes. Il comprend des objectifs spécifiques liés à l’agriculture, au climat, aux droits des peuples autochtones, à la réglementation gouvernementale et au financement, jetant ainsi les bases d’une action globale.
Néanmoins, nous pensons que ces questions ne peuvent être abordées sans un changement complet du système, et le système multilatéral – au stade actuel – ne le permet pas.
Quelles sont les priorités de la COP16 ?
À l’approche de la COP16, plusieurs priorités se dégagent pour les parties aux négociations. L’un des thèmes centraux est le développement d’indicateurs solides pour assurer une mise en œuvre efficace et permettre une évaluation précise du succès des mesures en faveur de la biodiversité. En outre, l’évaluation des nations doit refléter la responsabilité à l’égard des droits des populations autochtones et de l’égalité entre les hommes et les femmes dans les politiques de biodiversité. Si ces indicateurs ne sont pas pris en compte, les accords durement acquis risquent d’être remis en cause.
Le montant et la répartition des financements constituent également des questions cruciales. Il est urgent d’établir un fonds dédié à la biodiversité directement géré par la Conférence des Parties, plutôt que de passer par des voies contrôlées par les donateurs, comme le Fonds pour l’environnement mondial, afin d’assurer une plus grande équité dans la répartition des fonds disponibles. Ce changement renforcerait l’équité financière entre les pays, en particulier ceux du Sud, où l’insuffisance des financements étouffe les initiatives en faveur de la biodiversité. Il est également essentiel que des montants suffisants de financement soient alloués, y compris aux peuples autochtones, et que ces fonds ne reposent pas sur de fausses solutions, telles que la philanthropie et la compensation et l’attribution de crédits de biodiversité.
Le respect des peuples autochtones et des communautés locales est également primordial pour la préservation de la biodiversité. Cette COP approuvera le programme de travail du volet de négociation orienté vers les populations autochtones. FOEI formulera des propositions pour renforcer les droits des populations autochtones à travers les travaux à venir pour la nouvelle COP.
Les Amis de la Terre International (ATI) plaident aussi fortement en faveur de mesures politiques qui régulent l’impact de tous les secteurs économiques sur la biodiversité. Un processus appelé « Mainstreaming biodiversity in all sectors » (intégration de la biodiversité dans tous les secteurs) avait précédemment poussé à renforcer toutes les fausses solutions, y compris les solutions basées sur la nature. ATI souhaite voir la création d’un processus alternatif qui se concentre sur des réglementations multilatérales fortes, applicables et exécutoires.
FoEI combattra les fausses solutions dans les textes, dans les discussions sur le climat et la biodiversité, sur la finance, mais aussi dans les enceintes où elles sont promues par de nombreux acteurs, quand bien même elles ne figurent pas officiellement dans les textes de négociation, comme c’est le cas pour la compensation de la biodiversité.
Quels sont les principaux effets du changement climatique sur la biodiversité mondiale ?
Le changement climatique a actuellement des effets profonds sur la biodiversité mondiale. La hausse des températures pousse les espèces vers des altitudes plus fraîches et plus élevées, ce qui perturbe les écosystèmes délicats et les relations entre les espèces. En outre, l’acidification des océans met en péril les récifs coralliens, qui sont essentiels à la vie marine. Ces changements menacent non seulement les espèces, mais aussi les sociétés humaines qui dépendent de ces écosystèmes. Dans le même temps, la perte de biodiversité nuit au climat. Le carbone est stocké dans tous les êtres vivants et, à mesure que la nature disparaît, la capacité de stockage du carbone est également compromise.
Ce cycle négatif est exacerbé par de nombreuses politiques climatiques, qui ont des effets négatifs sur la biodiversité et constituent de fausses solutions. Les plantations d’arbres en monoculture pour capturer le carbone, la compensation et les solutions basées sur la nature, et l’énergie de la biomasse, entre autres, en sont des exemples. Toutes ces politiques fragilisent les écosystèmes.
La biodiversité est souvent considérée comme un outil de capture du carbone, souvent dans le cadre de projets de solutions basées sur la nature et axées sur la compensation. Cependant, avec la capture du carbone comme objectif principal, ces projets ne profitent souvent pas à la biodiversité ou aux écosystèmes. Au contraire, ils tendent à favoriser les plantations d’arbres en monoculture, qui n’abritent que peu ou pas de biodiversité, sapant ainsi la santé écologique au lieu de l’améliorer.
ATI plaidera pour que les solutions basées sur la nature ne soient pas prises en compte dans les décisions relatives au climat et à la biodiversité. Nous ferons également pression pour qu’à l’avenir, toutes les politiques climatiques soient examinées en fonction de leur impact sur la biodiversité. Lorsque les impacts sont négatifs, un moratoire devra être mis en place.
Pourquoi les compensations de la biodiversité représentent-elles un danger pour la biodiversité ?
La compensation de la biodiversité présente des risques importants car elle tente de compenser la destruction d’un écosystème, ce qui a pour effet d’aggraver les dommages écologiques. Elle est donc encore moins respectueuse de l’environnement que la compensation des émissions de carbone. Lorsqu’une zone est exploitée, la compensation repose sur la préservation d’une autre zone, en faisant valoir qu’elle aurait été détruite autrement. Cela revient en fait à accepter la destruction d’une zone naturelle sur deux. D’autres compensations sont basées sur la restauration d’une autre zone, mais les écosystèmes de remplacement sont généralement de moindre qualité. En outre, le besoin urgent de restauration écologique peut prendre des décennies, au cours desquelles la biodiversité perdue ne peut être récupérée. Les politiques de compensation empiètent souvent sur les terres des populations autochtones, dont les territoires sont compromis sous couvert de protection de l’environnement.
À quoi ressemblerait un résultat positif des négociations de la COP16 ?
La réussite de la COP16 dépend de plusieurs critères.
- Renforcer le cadre des indicateurs pour y intégrer les droits humains et les droits des populations autochtones, créant ainsi un précédent pour une gouvernance environnementale plus juste et plus responsable.
- Sur le plan financier, la création d’un fonds spécifique sous l’autorité de la COP permettrait de s’assurer que les fonds parviennent aux pays qui en ont le plus besoin, permettant ainsi de réels changements sur le terrain. Les pays développés doivent s’engager clairement à verser les fonds promis. Il faut mettre fin à la dépendance aux fausses solutions pour fournir les fonds nécessaires.
- Le processus d’« intégration de la biodiversité dans tous les secteurs économiques » devrait être réorienté vers un nouveau processus de réglementation stricte des pratiques qui nuisent aux écosystèmes, en évitant les fausses solutions.
- Il est essentiel de remédier aux insuffisances des politiques climatiques. Un examen scientifique approfondi de l’impact sur la biodiversité des programmes de compensation des émissions de carbone et d’autres décisions climatiques négatives pourrait mettre en lumière les conséquences néfastes de ces politiques et conduire à des moratoires sur ces dernières.
L’avenir de nos écosystèmes – et de la vie telle que nous la connaissons – dépend des résultats de cette conférence cruciale. Il est temps pour nous de nous unir pour défendre des politiques qui protègent réellement la riche biodiversité de notre planète. Faisons entendre notre voix et participons à la lutte pour qu’elles le fassent !