Du 4 au 17 novembre 2017, des représentants des Amis de la Terre venus de partout dans le monde se sont réunis pour les négociations climatiques de la COP23, organisée par Fidji mais se déroulant à Bonn, en Allemagne, pour appeler à l’abandon des énergies polluantes et à la justice pour les populations affectées par le changement climatique. Cette année, la COP se tenait aux portes d’une vaste mine de charbon à ciel ouvert.

 

L’issue de la conférence a été décevante. Les pays développés ont peu progressé sur les questions du financement de la transformation énergétique et l’aide aux populations déjà touchées par le changement climatique dans le sud (pertes et dégâts).

Les pays développés ont également tergiversé pour réduire davantage leurs émissions à court-terme et de fausses solutions au changement climatique, comme les marchés de carbone, ont de nouveau fait leur apparition.

Parallèlement, l’espoir d’abandon progressif du charbon en l’Allemagne, une mobilisation portée par les Amis de la Terre Allemagne/ BUND, les Jeunes Amis de la Terre Allemagne/BUNDJugend et bien d’autres, a presque vu le jour mais ne s’est finalement pas concrétisé.

Aujourd’hui déjà, le changement climatique touche les populations

Le premier jour de la COP, Les Amis de la Terre International ont organisé un événement pour montrer les effets déjà dévastateurs du changement climatique sur les communautés. Les histoires puissantes et émouvantes de ceux qui sont aux premières lignes de la lutte contre le changement climatique nous ont clairement rappelé pourquoi nous étions tous là.

Stella-Miria Robinson, du collectif ‘Climate Frontlines’ des Amis de la Terre Australie/Brisbane, a parlé des personnes contraintes à la migration du fait de la hausse du niveau de la mer, qui perdent leurs cultures et leurs traditions. Le chef Joey Dearling, de la région du Karoo en Afrique du Sud, a expliqué comment il a emmené sa tribu faire la cérémonie traditionnelle de la danse de la pluie, et décrit le sentiment d’avoir échoué aux yeux de sa communauté quand les pluies ne sont pas venues et que tout le bétail est mort.

De son côté, Katia Avilés-Vázquez a parlé de la dure réalité à Puerto Rico après le passage d’un ouragan dévastateur, sans possibilité de redressement ou de transition équitable.

Les Amis de la Terre Asie Pacifique/ APAC ont également lancé leur nouveau rapport sur les Solutions équitables face à la migration provoquée par le changement climatique en Asie Pacifique.

Theiva Lingam, facilitatrice régionale des Amis de la Terre APAC, a partagé sa propre histoire climatique: alors qu’elle était à Bonn, les maisons de ses parents, ses proches et ses amis en Malaisie ont été détruites par les pluies de la mousson. Son histoire nous a âprement rappelé que des catastrophes climatiques comme celle-là deviennent la norme en Asie Pacifique et ailleurs.

Les pays développés doivent prendre des mesures climatiques urgentes et équitables avant 2020

Ces récits de ceux qui sont en première ligne montrent qu’un progrès urgent est crucial, mais au lieu de redoubler d’efforts, les pays développés ont bloqué les avancées sur les mesures à prendre avant 2020 en matière d’atténuation et de financement.

Avec nos alliés de la campagne Demand Climate Justice, nous avons rappelé aux négociateurs que la justice climatique demandait une action immédiate. Lors d’une autre action conjointe, nous avons proposé huit nouvelles exigences pour que les gouvernements garantissent une véritable transformation énergétique avant la fin de 2018.

Mais l’action climatique n’est pas seulement urgente, elle doit aussi être équitable. Dans le cadre du bilan de la société civile en matière d’équité (Civil Society Equity Review) nous avons lancé une analyse révisée de la répartition équitable. Sara Shaw des Amis de la Terre International a pris la parole lors de la manifestation parallèle pour parler des implications du rapport et de l’impérieuse nécessité d’accélérer les mesures d’adaptation et de financement par les pays riches, qui n’assument pas leur part de manière équitable.

Les sombres secrets de l’Allemagne et du Japon

La COP23 s’est tenue à quelques arrêts de train de la mine de charbon de Hambach, aujourd’hui en cours d’agrandissement au détriment de la forêt vieille de 12 000 ans et des villages avoisinants.

Le samedi 4 novembre, avant la COP23, plus de 25 000 personnes sont descendues dans les rues pour participer à la plus grande manifestation contre le charbon de toute l’histoire de l’Allemagne, pour exiger la justice climatique et l’abandon du charbon et des énergies polluantes.

La marche s’est terminée par des discours vibrants des personnes touchées et des militants climatiques sur une scène au dessus de laquelle une grue portait un message composé de ballons « Non au charbon ».

Les actions se sont poursuivies le dimanche 5 novembre, lorsque des milliers de personnes ont participé à une importante marche pacifique jusqu’à la mine de charbon de Hambach. Après la marche, quelques groupes sont entrés dans la mine et l’ont fermée pour la journée.

BUNDjugend a proposé un spectacle créatif dans la zone de la CCNUCC et a distribué des souvenirs du charbon aux délégués pour dénoncer les sombres secrets de Energiewende.

De leur côté, les Amis de la Terre Indonésie/ WALHI et les Amis de la Terre Japon ont dénoncé le rôle du Japon, principal financier public du charbon au monde, et en particulier les effets dévastateurs de ces investissements sur les communautés en Indonésie.

Porter en justice le gouvernement norvégien

Un autre groupe de jeunes gens inspirants, les Jeunes Amis de la Terre Norvège, est monté sur les planches pour parler de la procédure judiciaire qu’ils ont lancée contre le gouvernement norvégien, dont les plans d’exploitation pétrolière en Arctique violeraient l’Accord de Paris et de la Constitution norvégienne.

Gaz fossile

A l’occasion du lancement du nouveau rapport des Amis de la Terre Europe, « Le climat peut-il survivre à la dépendance de l’Europe au gaz? », nous avons organisé plusieurs actions et une manifestation parallèle qui a mis en lumière les dangers de l’expansion du gaz en Europe et son incidence actuelle dans le Lancashire au Royaume Uni, dans la région du Karoo en Afrique du Sud et dans le bassin du Rovuma au Mozambique. Jagoda Munic des Amis de la Terre Europe a partagé les conclusions du rapport, qui montrent qu’il n’est pas possible pour l’Europe d’exploiter quelque combustible fossile que ce soit, y compris le gaz. Le scientifique climatique Kevin Anderson a parlé avec éloquence des dangers du gaz et de l’incompatibilité du gaz avec le budget carbone de l’UE.

Les énergies sales ne sont pas propres

Pour transmettre le message que l’énergie nucléaire n’est pas une solution propre pour contrer le changement climatique, les Amis de la Terre International ont rejoint Don’t Nuke the Climate pour une marche anti-nucléaire dans les rues de Bonn et pour d’autres actions anti-nucléaires.

Au début de la deuxième semaine, une formidable protestation contre l’événement parallèle des Etats-Unis sur les « combustibles fossiles propres » et le nucléaire a eu lieu: la salle s’est remplie de militants. Après avoir été éjectés d’une salle devenue vide, ils ont rejoint une énorme manifestation pacifique à l’extérieur.

Les communautés se battent contre les énergies sales

Pendant toute la COP23, les membres des Amis de la Terre ont partagé de nombreux récits de lutte contre les énergies sales partout dans le monde.

Yuyun Harmono de WALHI a par exemple partagé son histoire sur l’impact de l’extraction et la combustion de charbon en Indonésie, où 100 nouvelles centrales au charbon devraient voir le jour au cours des 20 prochaines années, tandis que Kwami Kpondzo des Amis de la Terre Togo nous a parlé de son combat pour mettre un terme à l’exploitation pétrolière off-shore dans son pays.

Godwin Ojo des Amis de la Terre Nigeria a décrit les effets dévastateurs de l’exploitation pétrolière dans le delta du Niger depuis des décennies.

Mary Church des Amis de la Terre Ecosse a annoncé qu’ils étaient parvenus récemment à interdire la fracturation hydraulique en Ecosse.

Nous avons besoin d’une transition équitable

Une question cruciale ayant fait l’objet de beaucoup de débats hors des négociations officielles est la nécessité d’une transition équitable d’un système basé sur les énergies polluantes à un système d’énergies propres basé sur les personnes. Nous en avons parlé lors d’un événement conjoint avec la Confédération Syndicale Mondiale (CSI).

Les participants des syndicats et des groupes environnementaux du monde entier ont partagé leur point de vue sur la manière de travailler ensemble pour des emplois décents sur une planète verte. Cet événement fait partie de notre stratégie pour construire une vision (et une réalité) d’un système énergétique transformé.

Non aux fausses solutions: marchés de carbone et géo-ingénierie

Les marchés de carbone ont refait surface pour détourner l’attention de la tâche réelle: la réduction des émissions. Les Amis de la Terre International sont contre l’utilisation de ces fausses solutions à la crise climatique, et nous avons terminé la COP par une action forte pour dénoncer leurs dangers.

Des discussions sur la géo-ingénierie ont également eu lieu lors d’un événement organisé par BUND et la Fondation Heinrich Boll. La géo-ingénierie est une autre fausse solution, néfaste pour les populations autochtones, les forêts et la biodiversité.

Ces actions lors de la COP sont l’écho des mobilisations de groupes de la société civile partout dans le monde. Nous continuerons à nous battre aux côtés des communautés pour mettre fin aux énergies polluantes et pour obtenir le financement nécessaire à la transformation énergétique, et nous continuerons à appeler à une transition équitable d’un système polluant vers un nouveau système propre qui profite aux communautés et aux travailleurs.

Les émissions augmentent, mais le pouvoir citoyen également. Nous allons prendre les commandes pour mettre un terme à la crise climatique et nous battre pour la justice. Comme l’a dit Dipti Bhatnagar des Amis de la Terre Mozambique/ Ja!:

« Nous n’allons pas entrer silencieusement dans ces ténèbres. Nous devons nous battre. Avec beaucoup d’espoir, beaucoup d’optimisme et beaucoup d’amour pour les autres humains et cette planète que nous appelons notre maison. Le pouvoir citoyen rendra cela possible! »

 

D’autres photos de la COP23 sont disponibles sur notre Flickr.